La Municipalité va droit dans le mur
Vous souvient-il, chers Morgiens, de l’émotion suscitée à l’annonce de la démolition prochaine du bâtiment de la gare ?
Articles de presse, comité d’opposition, signatures récoltées dans la rue, édition d’un livre, discussions … Tout cela pour constater que, les jeux étant faits, le bâtiment sera démoli.
Par contre, le processus qui conduisit à cette inéluctabilité de la démolition est-il, sans doute, plus flou à votre mémoire.
Bref rappel : 1992, lors de l’adjonction de toute la partie moderne en front commercial face à la place de la gare, personne ne protesta efficacement. Pourtant c’est bien cet ajout qui empêcha notre vénérable «bâtiment voyageurs CFF historique d’être classé et donc sauvegardé.
Dès la fin des années 90, jusqu’en 2010 environ, de multiples études, présentations, discussions au sujet de Gare Sud/Sablon aboutirent à l’adoption par le Conseil Communal d’abord d’un plan directeur localisé, puis d’un plan d’affectation parcelle. Durant toute cette élaboration, toutes ces prises de décision, personne non plus ne demanda le maintien du bâtiment en question. Les jeux étaient faits. C’est seulement lorsque l’échéance se dessina, qu’on se mit à hurler !
Pourquoi rebrasser tout ce passé ? Parce qu’aujourd’hui le même processus est à l’œuvre. Dans 3, 5 ou 10 ans quand l’objet sera réalisé, on se mettra à crier : Comment a-t-on pu faire une telle bévue ?
Malheureusement il sera bien trop tard. C’est aujourd’hui, presque en silence, que les décisions se prennent.
Une ample réaction est urgentissime pour empêcher que Morges ne gâche une occasion en or :
De quoi s’agit-il ? Du débouché au Nord pour un nouveau passage sous-voies CFF à l’Est de la gare.
La gare de Morges sera transformée. Dans ce cadre, les CFF ont déjà lancé les études finales pour construire deux nouveaux passages sous-voies modernes, aux normes actuelles, pour accéder à des quais rallongés et remaniés. Côté Genève, à peu près à la hauteur du Croco’s, le premier remplacera l’actuel (mais avec issue au nord), le second, côté Lausanne, sera creusé à droite de Lidl. Il arrivera sous-terre aux environs de l’avenue Jean-Jacques Cart.
A cette question des CFF : la ville de Morges est-elle disposée à s’associer à la construction de ce sous-voies afin de le faire déboucher au Nord vers l’avenue J.-J. Cart ?
La Municipalité a répondu NON. Aussitôt les CFF ont démarré leur étude d’un passage sous voies construit de manière telle qu’une issue au nord ne pourra plus être réalisée ultérieurement.
De toute urgente, il faut prier instamment la Municipalité de requérir le blocage de ce projet en invoquant auprès des CFF la surestimation de l’acceptation locale de ce refus et donc l’absolue nécessité d’informations, discussions publiques, d’un débat éclairé, voire d’un vote démocratique.
Pendant 60 ans, la Municipalité de Morges s’est jointe (avec plaisir ?) à toutes les voix qui s’insurgeaient contre le Canton et surtout la Confédération qu’elles accusaient d’avoir martyrisé la Ville de Morges en la coupant en deux par une autoroute renforçant la barrière du rail. Au moment où un projet, largement financé par l’argent fédéral, propose une excellente suture entre le Nord et le Sud, la Municipalité dit NON !!!

En matière de sous-voies CFF, Morges est sans doute la championne du cul-de-sac ! Depuis 1950, lors de travaux CFF sur les sous-voies, la Municipalité a refusé par 3 fois la construction d’une ouverture côté Jura de la barrière rail/autoroute. Conséquence : depuis 76 ans, les habitants «des hauts» sont privés d’accès direct, commode aux trains et tout le monde d’une liaison confortable entre les deux parties de la ville coupées par la barrière tant décriée.
Ce non est beaucoup plus grave que l’acceptation de la destruction de l’ancien bâtiment de la gare. Quand on construit un sous-voies entre deux portions urbaines coupées l’une de l’autre, c’est pendant 50, 100 ans et plus que cette jonction fait sentir ses avantages sur l’urbanisme, sur l’utilisation de la ville, etc. Au moment de la réalisation, il est impossible pour les constructeurs d’imaginer toutes les conséquences de leur ouvrage. Lorsqu’il s’agit d’un lien, celles-ci devraient être positives. C’est tout ce que l’on peut augurer.
Passage Nord/Sud, certes réservés aux piétons (et aux cyclistes posant pied à terre), ce nouveau souterrain est une occasion en or pour le ville : Il donne accès à des cheminements sans circulation automobile ou à circulation limitée (notamment vers Beausobre, voire Marcelin). Par la rue St. Louis, il connecte le quartier Nord-Est le plus directement possible avec l’extrémité Nord de la vieille ville. Il oriente un flux de piétons vers la promenade de Castellane avide de passages. Pour beaucoup, il sera une alternative agréable aux trottoirs sous les ponts rebutants du Moulin ou des Pâquis.
Du point de vue des usagers CFF, cette issue au Nord est aussi un cadeau pour une grande partie d’entre eux. Elle est l’accès direct à la porte du train pour tous les résidents de quartiers nord-orientaux en pleine densification.
Si on regarde les tendances actuelles dessinant l’avenir : un usage différent de la ville avec une augmentation significative des déplacements en mobilité douce, une croissance soutenue (souvent dépassant les prévisions) de l’utilisation du train, densification des quartiers résidentiels, cette ouverture au Nord du second passage sous-voies devient une évidence comme axe urbain structurant et comme accès direct indispensable aux quais CFF.
D’ailleurs, partout les communes ont compris l’enjeu et y répondent. Elles saisissent l’occasion d’une modernisation de la gare pour se doter d’un nouveau franchissement de la «barrière ferroviaire» qui les handicapent. Elles offrent ainsi, en plus, aux habitants venant de toutes les directions un agréable accès au train. Voyez les sous-voies modernisés ou supplémentaires traversants à Gland, à Fribourg, à Vevey, à Martigny, sans parler de la passerelle et du passage sous-voies à Renens, etc. …
Il faut absolument et immédiatement inciter la Municipalité à demander le blocage du projet qui engendrerait une réalisation que tout le monde regrettera amèrement : un cul de sac !
